Épisode 012

Alors ? Heureux ?

21 septembre 2018

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« Did you miss me ? »

Après plus de neuf mois d’absence, j’enclenche de nouveau mon magnétophone pour donner enfin de mes nouvelles. L’occasion de dire à quel point j’allais bien, mais…

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Transcription

Afin de faciliter l'accès à ce podcast aux personnes sourdes et malentendantes, chaque épisode de "J'aime Pas Ma Voix" est aussi disponible au format texte.

Néanmoins, les émotions et les intentions ne sont pas retranscrites, afin de laisser l'espace nécessaire à l'interprétation de chacun•e.

Nous sommes le 21 septembre 2018.

Pour certains, ça fait à peine quelques secondes que j’ai parlé, avec des étoiles plein la voix, de ma double rencontre avec Jurassic Park, mais aussi de mon grand frère, ce héros.

Pour d’autres, ça fait aujourd’hui un peu plus de neuf mois que je n’ai pas pris le temps de donner de nouvelles.
Ou alors si peu, juste pour promettre un retour que je pensais pourtant imminent à chaque fois.

Mais qu’importe. Ce que moi, je retiens particulièrement, c’est que ça fait aujourd’hui un an – à un tout petit jour près – que j’ai fait dire à une de mes proches que je n’aimais pas ma voix. Et donc, cette première date anniversaire me semblait être tout indiquée pour être le point de départ de ces nouvelles histoires personnelles et vraies que j’avais envie de partager là, comme ça, avec vous.

Mais avant ça, j’avais quand même envie de raconter le pourquoi de cette longue absence.
Non pas pour me justifier (parce que manifestement, personne ne me demande de le faire), mais parce qu’en faisant la liste de toutes les raisons de mon silence, j’ai aussi eu une sorte de révélation que j’avais déjà sûrement eu cinquante fois avant ça, mais qui n’avait jamais eu l’honneur d’être dite et enregistrée à voix haute auparavant.

Alors je vous l’avoue, au début, j’ai eu comme une sorte de flemme. Non pas de continuer le podcast, mais de chercher absolument un nouveau sujet, une nouvelle anecdote qui en valait la peine. Je n’avais aucune envie de me forcer à raconter quelque chose juste pour être là, chaque vendredi, juste pour fidéliser une écoute.

D’ailleurs, cette histoire de fidélisation, ça a été le second frein à ce retour.
Le fait de ne pas chercher à faire les choses par envie ou par évidence, mais par obligation, juste pour gagner en visibilité.
De chercher à scénariser mes propres souvenirs, de ne pas les écrire avec un sentiment d’urgence, de trouver les moments les plus improbables, les plus croustillants, de les classer avec autant de cliffhangers… juste pour espérer grappiller quelques places au classement des podcasts sur iTunes, ou un retweet d’une personne influente, pour me sentir exister.

Puis au-delà de tout ça, à un moment en fait, j’ai juste mis mentalement le podcast en pause dans un coin de ma tête, parce que j’allais bien. Tout simplement.

J’avais commencé ce podcast, comme tous mes autres projets, dans une période de doute ou d’ennui.

Il faut dire que mon schéma créatif est quasiment toujours le même de toute façon : Il doit être à peu près deux heures du matin, et bim, sans aucune raison, sans aucun élément déclencheur, voilà que je rassemble plusieurs petites idées que j’avais dans un coin de ma tête depuis quelques jours, semaines, mois… pour me dire comme une évidence : « Eh ! Mais si je faisais ça en fait ? ».

Et ça devient automatiquement mon obsession.

Je n’ai même pas à me demander si objectivement, j’ai assez de temps libre à consacrer à cette nouvelle idée…
… parce que justement, c’est parce que je sais au plus profond de moi que c’est ce creux temporel à combler qui a déclenché cette espèce d’instinct de survie créative.
Et que de ne rien faire serait la pire des solutions.

Bref.
Tout ça pour dire que je crée des choses quand j’ai un sentiment de vide quelque part.

Et manifestement, de mi-décembre, 2017 à environ juin dernier, pour tout un tas de raisons que je ne vais pas détailler ici parce que ça prendrait trois heures, j’allais suffisamment bien pour ne pas chercher à « créer plus pour aller mieux ».

Ce qui explique donc en partie pourquoi je n’ai pas pris forcément le temps de me mettre à nouveau à nu, ici.
Ça, et bien sûr le fait que replonger dans des souvenirs plus ou moins douloureux quand enfin, je vais bien, n’est pas aussi naturel qu’à d’autres périodes.

Par contre, je ne sais pas si vous l’avez remarqué à l’écoute, mais j’utilise délibérément l’expression « aller bien » au lieu « d’être heureux ».
Parce que personnellement, je ne sais pas trop ce que ça veut dire, « être heureux ».

Alors attention : je n’essaye pas de dire que je suis quelqu’un de profondément triste ou malheureux, tout le temps, et que je n’ai jamais touché du doigt ce qu’on appelle communément « le bonheur ».
Je ne dis pas non plus que je ne sais pas profiter des bons moments, que je ne m’amuse jamais, ou que je préfère être dans le noir le plus complet.

Non, tout ce que je dis, c’est que je ne sais pas comment on définit concrètement le fait d’être heureux. Ce que contient le terme, le package, si le fait de ressentir de la joie pendant sept jours d’affilée suffit par exemple à obtenir le précieux badge.

Et ce n’est pas que je ne veux pas l’être, c’est que je ne sais pas comment on fait.

Au même titre que, par exemple, je ne sais pas trop comment on sourit sur les photos.
Pourtant, dans la vie de tous les jours, je n’ai aucun mal à ouvrir ma bouche très souvent pour rire à gorge déployée.
Mais dès qu’il s’agit de poser devant un objectif, que ça soit le mien ou celui des autres, ma bonne humeur se résume à avoir les lèvres collées l’une à l’autre, pour faire une moue que beaucoup trouvent trop discrète pour être honnête.

Pourtant, c’est vraiment pas faute d’avoir essayé de m’entraîner pendant des heures devant mon miroir.
Mais rien n’y fait : Je ne sais pas sourire sur les photos alors que j’ai envie de le faire.
Tout comme je ne sais pas comment on fait pour être heureux alors que je vais bien.
Et aussi que je ne sais pas comment créer des choses quand tout va bien.

Alors je crois l’avoir déjà avoué à un moment dans ce podcast, mais il fut un temps où je me mettais volontairement dans des situations compliquées, juste pour voir comment j’allais m’en sortir et ce que ça allait déclencher de relativement nouveau chez moi.

Une façon de fonctionner qui me rassurait, parce que je la connaissais par cœur, qui n’impliquait en général personne d’autre que moi, et que j’avais sûrement mélangée avec une mauvaise interprétation d’une phrase peut-être entendue dans une interview télé, disant que finalement, personne ne voulait vraiment écrire sur le bonheur, parce que le bonheur, c’était chiant.

J’aimais bien ma vision erronée des choses.
Être heureux, vivre le bonheur, ça pouvait être cool.
Mais écrire dessus, non.
Donc autant profiter des moments de doutes pour emmagasiner mentalement le plus de choses à raconter.

Mais bon, il faut croire qu’avec l’âge, j’ai fini par m’ennuyer de mon propre cycle.
D’en avoir fait suffisamment le tour pour me dire qu’à aucun moment, je n’avais pas à choisir entre être « content et amorphe » ou « triste et créatif ».
Qu’il n’appartenait qu’à moi de, peut-être, avoir les deux.
Aller bien ET être productif.

Et c’est pour ça qu’aujourd’hui, je commence à faire l’inverse : me mettre dans des situations heureuses pour savoir ce que je vais faire avec ça.

Tout n’est pas encore parfait, bien évidemment, mais au moins, c’est dans cet état d’esprit que j’ai déjà pu écrire une dizaine d’épisodes pour cette nouvelle saison de « J’aime Pas Ma Voix ».

Ça parlera toujours autant de mes bons et mauvais moments, mais cette fois, au moment de l’écriture de tout ce bordel, il n’y avait pas de sentiment d’urgence à essayer d’aller mieux en partie grâce à ça.

Juste l’envie de partager.
Ce qui est déjà pas mal.